James Octave Napoléon, le fils noir

12/12/2020

Que n'a-t-on écrit sur le premier empereur des Français ? Affabulations ou vérités historiques ? Malgré les milliers de livres écrits sur le personnage, on finit toujours par voir réapparaître l'une ou l'autre histoire ou anecdote croustillante dont raffolent nos contemporains. Ce qui est sûr c'est que le personnage fascine toujours et que son aura n'a pas fini de s'éteindre près de 200 ans après sa mort sur une île déserte de l'Atlantique sud.

C'est ainsi que l'on attribue une paternité à Napoléon en la personne de James Octave Napoléon, fils qu'il aurait eu durant son séjour à Sainte-Hélène avec la jeune servante Esther Vesey (1801-1838), fille d'un sergent anglais qu'il avait lui-même eue avec une esclave noire.

Napoléon à 46 ans quand il arrive sur son caillou perdu dans l'océan et à cet âge sa libido est loin d'être éteinte. Or qu'a-t-il à se mettre sous la dent si vous me permettez cette expression abrupte ? La rare gente féminine qui peuple l'île. Il n'y a alors qu'un pas à franchir pour lui attribuer toutes les liaisons et naissances possibles sur l'île.

On sait que l'Empereur a eu bon nombre de maîtresses durant sa vie et a été fortement sollicité vu son statut, mais il a toujours préféré les femmes blanches comme Eléonore Denuelle de la Plaigne qui lui donna son premier fils, Mademoiselle Georges, la tragédienne, ou encore la Grassini, cantatrice. En effet, on se souvient de ses propos lors de la campagne d'Égypte, où, en guise de « bienvenue », on lui proposa de voluptueuses déesses arabes dociles. Il faut dire que l'Orient est synonyme de sensualité, de nudités suggérées par des soieries légères et diaphanes, d'apparente liberté de mœurs de ces femmes cloîtrées dont les attitudes et les comportements contrastent fortement avec la pruderie occidentale. Mais le général Bonaparte a horreur des parfums capiteux et trop forts et des raffinements orientaux sophistiqués et à la vue des odalisques qu'on lui présente dans leur muette volupté, il s'écrie : « Vous pouvez emmener vos outres parfumées ! ». On sait qu'il se rabattra sur la jeune Pauline Bellisle, surnommée Bellilote, qui est la femme du sous-lieutenant du 22e chasseurs à cheval, Jean-Noël Fourès, qui l'a accompagné, déguisée en hussard.

À Sainte-Hélène, sa liaison avec Albine de Montholon, la femme de son général, est notoire allant même jusqu'à lui attribuer la paternité de sa dernière fille née sur l'île le 26 janvier 1818, Marie Caroline Julie Elisabeth Joséphine Napoléone de Montholon. Elle décédera un an plus tard à Bruxelles, le 30 septembre 1819, et sera enterrée au cimetière d'Evere en banlieue bruxelloise; sa tombe est toujours là.

Comme mentionné dans le journal de Gourgaud, la très jeune Esther, 16 ans, était nurse chez les Montholon et avait donc l'opportunité de côtoyer l'Empereur, mais on a un peu de mal à croire que l'Empereur des Français se serait aguiché d'une mulâtre si jeune et à fortiori aurait pris le risque de lui faire un enfant, même s'il est dit que Jimmy, comme on appelait l'enfant, ressemblait fort à Napoléon... On rapporte que Napoléon aurait dit à Bertrand à la naissance de ce garçon : « On ne manquera pas de dire dans les gazettes que c'est moi qui ait engrossé Esther et que je l'ai ensuite fait épouser par mon valet de chambre, suivant l'usage des grands seigneurs. Ce serait l'occasion de faire des contes à l'Impératrice (...) » (Napoléon à Sainte-Hélène : la lutte contre Hudson Lowe, Dr Paul Gainière).

Il est donc nettement plus probable, comme l'atteste plusieurs sources, que ce soit le premier valet de l'Empereur, Marchand, qui aurait eu une relation avec la belle mulâtre et lui aurait donné un fils : James Octave, né le 3 juin 1817. On ira même jusqu'à attribuer le second fils d'Esther aussi à Marchand, alors que ce dernier avait déjà quitté l'île quand la mère enregistra l'enfant le 14 juin 1821. Cette hypothèse est la plus probable d'autant plus que Marchand, exécuteur testamentaire de l'Empereur, versera une somme à la mère pour subvenir aux besoins de l'enfant, car Napoléon fera tout pour s'opposer à ce que son valet de chambre se marie avec une banale servante. Il lui fera alors un bon legs dans son testament et favorisera son mariage avec la fille du général Brayer, un de ses officiers supérieurs, fidèle au souvenir de l'Empereur.

James Octave Napoléon (1817-1849)
James Octave Napoléon (1817-1849)

Après la mort de leur mère, James et Thomas quitteront Sainte-Hélène pour l'Afrique du Sud. James deviendra marin et mourra à Cape Town le 14 février 1849. Thomas s'éteindra à Port-Élisabeth le 16 juillet 1908.

Un dernier point qui pourrait faire sourire, mais qui apporterait quand même un argument supplémentaire à la paternité de Marchand, est le fait que Fanny Bertrand, épouse du Grand Maréchal du palais impérial et présente à Sainte-Hélène, n'en a jamais parlé alors qu'il était bien connu qu'elle avait une sacrée langue de concierge...