Tambour à oublies

23/08/2021

Une oublie est une pâtisserie populaire qui date du Moyen Âge. Ce nom vient du bas latin ecclésiastique oblata (hostia), offrande, pain offert à l'eucharistie. Cette hostie non consacrée était souvent vendue par les oublieurs près des églises, lors des fêtes, et dans les rues à la nuit tombée.

Des oublies en forme de cylindre
Des oublies en forme de cylindre

Mince et de forme ronde, elle est préparée à partir de farine et d'eau, de lait ou de vin blanc, d'œuf, de sucre ou parfois de miel. Elle est cuite entre deux fers par l'« oublieur », comme une gaufre, puis souvent roulée en cylindre ou cornet creux.

On distingue :

  • la grande oublie, vendue plate ou enroulée en forme de cylindre ;
  • l'oublie renforcée ou de supplication, c'est-à-dire la gaufre ;
  • la petite oublie roulée en cornes, dite d'abord « étrier » (esteret) puis « petit métier » ;
  • le plaisir, oublie roulée renommée ainsi sous Louis XVI pour des raisons politiques, à l'époque de son mariage avec Marie-Antoinette.

L'apparence de l'oublie est très diverse car elle dépend du gaufrier dans lequel elle a été cuite lui donnant un imprimé en relief. Ces fers étaient fabriqués par des artisans, ce qui permettait une grande la diversité des motifs.

C'est Saint Louis (Louis IX) qui en 1270 créa la confrérie des oubliyeurs (ou oublieurs, oublayeurs, obloyers voire oubloiers). Ces derniers avaient leur propre échoppe et tous les dimanches et jours de fêtes religieuses, ils étaient autorisés à cuire et vendre l'oublie à la criée, dans les rues. En 1489, le prévôt des marchands autorisa les maîtres oubliyeurs à vendre dans la rue en dehors des célébrations, mais seulement après le coucher du soleil. On vit dès lors des hordes de jeunes garçons arpenter les rues avec des corbeilles pour les vendre en criant ou en chantant. Pour agrémenter la vente, ces derniers jouaient aux dés (pipés pour l'occasion) leurs pâtisseries avec leurs clients. Lorsqu'ils gagnaient, leurs clients les payaient en argent, sinon ils devaient donner des oublies en échange. S'il leur arrivait de perdre tout le contenu de leur corbillon, ils devaient danser et chanter les pieds dans l'eau, ce qui donna la locution « On le ferait chanter dans l'eau comme l'oublieur » qui signifie qu'à condition d'y mettre le prix, on peut faire faire n'importe quoi à une personne.

Un siècle plus tard, les petits vendeurs furent amenés à venir égayer les fins des soupers au domicile de la bonne société. On disait alors qu'elle s'offrait le « plaisir de l'Oubliyeur », sans commentaires... Hormis le plaisir d'une bonne petite pâtisserie, ce sont surtout les chansons entonnées qui égayaient l'assistance, surtout que ces ritournelles devinrent de plus en plus grivoises, voire carrément licencieuses. Mais l'opportunité de venir dans les logis bourgeois permettait aux jeunes commis de repérer l'endroit et d'aller vendre ces informations à des voleurs sans scrupule, comme le célèbre Cartouche. Cette pratique prit définitivement fin avec une ordonnance de 1722 qui interdisit de colporter les oublies devenues « défectueuses et indignes d'entrer dans le corps humain. »

Durant l'Empire, on retrouve en partie cette pratique de vente ludique par d'anciens soldats sur leur tambour au travers d'un système de loterie. Par la suite, les marchands s'inspirèrent de ce vécu pour recréer une caisse rappelant l'origine de cette loterie ambulante.

On retrouve une représentation de cette pratique dans une illustration de Lucien Rousselot où l'on voit un tonneau avec une flèche tournante qui est plus clair sur le reconstitution jointe.

Tambour d'oublies représenté par Lucien Rousselot dans l'une de ses compositions sur les lanciers polonais
Tambour d'oublies représenté par Lucien Rousselot dans l'une de ses compositions sur les lanciers polonais
Tambour d'oublies reconstitué
Tambour d'oublies reconstitué