Victimes collatérales

25/04/2021

En cette année bicentenaire de la mort de l'Empereur, bon nombre d'émissions, de livres et de conférences foisonne pour relater les dernières années de la vie de Napoléon et plus particulièrement sa mort.

Mais revenons un moment aux jours et heures qui suivirent la défaite de Waterloo et la déportation de Napoléon sur l'île de Sainte-Hélène.

Au départ, Napoléon avait voulu et cru, comme les héros antiques, qu'en se livrant à ses ennemis, les Anglais, ces derniers allaient lui permettre de vivre les dernières années de sa vie sur le sol de la Perfide Albion dans un charmant petit cottage. 

Je viens, comme Thémistocle, m'asseoir au foyer du peuple britannique. Je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de Votre Altesse Royale, comme celles du plus constant, du plus généreux de mes ennemis. 

Lettre au régent d'Angleterre, 13 juillet 1815

Mais c'était attribuer trop d'honneur aux insulaires qui, par peur viscérale du chef de guerre, l'ont déporté sur un caillou inhospitalier de l'Atlantique Sud sans lui permettre d'être dignement jugé; ce sera le début de sa légende.

Toutefois, avant d'être exilé sur son île prison, il fut amené, dans un premier temps, des côtes françaises vers les côtes britanniques à l'aide du vaisseau britannique HMS Bellérophon. Lors de son mouillage au large de l'île, des centaines de britanniques, curieux de voir l'homme le plus célèbre du monde à l'époque qui a fait trembler la perfide Albion, approchent dans des centaines d'esquifs légères qui s'agglutinent autour du vaisseau pour apercevoir l'Empereur. Toute cette effervescence va avoir comme conséquence la mort regrettable de plusieurs civils qui se sont noyés en voulant l'apercevoir. Les premières victimes de son exil sont donc britanniques.

HMS Bellerophon et Napoléon  à Plymouth en août 1815 de John James Chalon
HMS Bellerophon et Napoléon à Plymouth en août 1815 de John James Chalon

Mais le Bellérophon n'est pas en mesure d'amener le captif sur l'île de Sainte-Hélène. Il faut dire que le voyage doit durer plusieurs mois dans une mer hostile. On opte alors en urgence pour le vaisseau HMS Northumberland, 74 canons, lancé en 1798, du contre-amiral George Cockburn. Mais les marins du vaisseau sont alors en permission et une fois rappelés, ils doivent remettre leur bâtiment en état et la perspective du voyage ne leur plaît pas du tout.  Six hommes se révoltent et sont copieusement fouettés. Profitant d'une permission à terre, 23 marins désertent et  sont rapidement repris puis pendus haut et court. Il faut dire que la Royal Navy ne tergiverse pas avec la discipline et qu'il aurait été d'un très mauvais goût si une mutinerie se serait déclenchée à bord.

Napoléon à bord du Bellerophon de William Quiller Orchardson
Napoléon à bord du Bellerophon de William Quiller Orchardson

On constate donc que plusieurs Britanniques ont payé de leur vie la déportation en exil du premier empereur des Français par leur pays.