Woman on board

20/12/2021

Tous les marins le savaient au XIXe siècle et encore longtemps après, les femmes étaient interdites à bord des navires car on les affublait de tous les malheurs. Il faut dire qu'à l'époque de la marine à voile, les traversées et voyages étaient très longs et les hommes restaient de longs mois en mer. Vu l'espace confiné et la promiscuité, les tentations pouvaient être nombreuses. Les femmes présentaient alors le danger de pouvoir attiser les convoitises, les jalousies et les passions pouvant semer la zizanie au sein de l'équipage. Dès lors, pour éviter toutes frustrations ou tensions, les femmes étaient interdites à bord, sous prétexte de porter malheur. Au-delà de cette superstition, il faut bien avouer que le métier de marin était des plus rudes nécessitant beaucoup d'effort physique sachant que la mer est un milieu hostile et exposé à des risques permanents. L'homme a longtemps été perçu comme plus courageux que la femme, d'où l'absence de femmes à bord car jugées trop faibles.

Cette situation perdura jusqu'au XVIIIe siècle après quoi les femmes furent autorisées à bord comme passagères. C'est ainsi qu'en 1805, dans l'escadre de l'amiral Villeneuve, plusieurs femmes avaient été autorisées de monter à bord de plusieurs navires pour suivre leur mari :

  • Le Bucentaure : le lieutenant Mallet, commandant de la 3e compagnie d'ouvriers du corps impérial d'artillerie, avec son épouse.
  • Le Duguay-Trouin : le fusilier Pascal Donnet avec sa femme, sa fille et son fils.
  • Le Neptune : le sergent Thomas Benoit, grenadier au 16e régiment de ligne, avec son épouse et leur fille et le grenadier Nicolas Gauchenot avec sa femme.
  • L'Indomptable : l'aide-canonnier d'Arbes avec son épouse et leurs deux enfants.

Il en était de même dans la Navy. Les femmes ne restaient pas inactives sur les navires et hormis les tâches de blanchisserie, elles servaient dans le mess des officiers ou soignaient aussi les blessés comme on peut d'ailleurs le voir sur le tableau de Daniel Maclise, la mort de Nelson.

La mort de Nelson de Daniel Mclise (détail)
La mort de Nelson de Daniel Mclise (détail)

Toutefois la plupart de ces passagères débarquèrent avant les hostilités, mais pas toutes... C'est ainsi que William Robinson, marin dans la Royal Navy, raconta dans ses mémoires que durant la bataille de Trafalgar, une jeune Française fut sauvée de la noyade par les Anglais. Elle se prénommait Jeannette et naviguait sur L'Achille avec son mari. Mais alors que ses consœurs avaient débarqué à terre, elle se déguisa en homme pour ne pas quitter son époux, mais ce dernier fut porté disparu à la suite de l'explosion du navire durant la bataille. Récupérée des flots entièrement nue, elle sera amenée à bord du HMS Revenge et déposée à Gibraltar saine et sauve, revêtue et avec un dollar en argent en poche.

Illustration montrant le sauvetage de Jeannette, mais comme la pudeur l'exigeait à l'époque, elle apparaît dûment habillée contrairement aux témoignages
Illustration montrant le sauvetage de Jeannette, mais comme la pudeur l'exigeait à l'époque, elle apparaît dûment habillée contrairement aux témoignages

Le sauvetage de la jeune Française fut également relaté par le capitaine Moorsom dans une lettre adressée à son père et datée du 4 décembre 1805 :

Quand l'Achille brûla, elle (Jeannette) sortit de la batterie du gaillard arrière et s'assit sur les chaînes du gouvernail jusqu'à ce que du plomb fondu lui tombe dessus l'obligeant à se déshabiller et à sauter. Elle nagea jusqu'à un espar (1) où se trouvaient plusieurs hommes, mais l'un d'eux la mordit et lui donna des coups de pied jusqu'à ce qu'elle fût obligée de partir et d'atteindre un autre marin qui la soutint jusqu'à ce qu'elle fût prise par le Pickle et envoyée à bord du Revenge. Parmi les hommes repêchés, elle eut la chance de retrouver son mari. Nous ne manquions pas de courtoisie envers la dame. Je lui fournis deux chemises de commissaire pour faire un jupon et d'autres officiers trouvèrent de quoi la vêtir* ; en quelques heures, Jeannette fut parfaitement heureuse.

* L'un des lieutenants de Revenge donna à Jeannette une longueur de mousseline à brins bleus qu'il destinait à sa femme et l'aumônier lui donna une paire de ses vieilles chaussures. Jeannette, à l'origine couturière, se confectionna rapidement une veste et s'habilla à la mode flamande. De plus, on lui donna une couverture, deux paires de bas blancs et deux mouchoirs en soie.


(1) espar : élément de gréement long et rigide.

Frank Grognet - Blog historique
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